Ici Mada, je vous raconte un peu?

jeudi 29 janvier 2009

Spectatrice impuissante d'une page historique de ce beau pays.

Bonjour à tous et merci de vos témoignages de bienveillance et d'affection. Ils sont les bienvenus.

Je vais revenir assez succinctement sur ce qu'il vient de se passer. Depuis lundi soir, mon dernier post.

 

Nous sommes rentrés à la hâte lundi vers 17h00 à la résidence à Itoasy. La boite a fermé pour des raisons de sécurité. Anaike a été déposé à mon entreprise car elle n'était pas en sécurité là où les gens de l'Ecole Normale Supérieure de Tana l'avait déposée. Elle est mieux avec moi ma petite chouchou.

 

A notre arrivée à la résidence, tout le monde était dans la même situation. 

Sur notre chemin, nous voyions les gens chargés de sacs de riz de 50kg. Ils font des provisions, ce qui n'augure rien de bon. De loin, les incendies ravagent un à un les symboles présidentiels (usines, magasins....).

Lundi soir la capitale était en feu. Nous étions en sécurité à Itoasy.

Mais nous comprenions surtout que l'escalade de la violence et de la dévastation était lancée.

La soirée a été dédiée à une attente commune et solidaire et au croisement des informations. 

 

Mardi matin, au réveil, nous apprenons que nous ne pouvons pas aller travailler. Que la situation politique est devenue inextricable et que les dégâts sont irréversibles. La tension monte. Les issues sont insoupçonnables. Tous les grands magasins ont été pillés et brûlés.

Nathalie et d'autres sont au cœur des informations de premiers plans. Dans les deux camps. De nombreuses rumeurs se démentent. D'autres se confirment. La politique malgache donne une image abominable de ce que des individus, qui se battent pour des discours déguisés visant à leur intérêt personnel, peuvent faire.

 

Nous nous organisons pour acheter des vivres.

Mardi et Mercredi soir, nous nous regroupons tous dans une maison. Notre sécurité est assurée par les hommes (qui ont de longs bras) des familles de la résidence. Nous avons aussi les militaires, la police et d'autres hommes armés qui sont appelés quotidiennement.

 

Nous avons changé d'endroit aujourd’hui. Notre encadrement et nos informations restent toujours d'une qualité exceptionnelle.

De nombreuses personnes se chargent de notre sécurité. Jusqu'à présent il y a eu des troubles à la résidence liés à l'appât de richesse qu'elle représente mais pas seulement (propriétaire dans des histoires). Nous avons tenu un siège mais là la ville est apaisée alors nous retournons avec femmes et enfants dans ma maison du centre. 7 personnes ce soir chez moi à Tana. Les rues semblent être normales dans leur activité. Les seuls stigmates des problèmes sont les grandes enseignes brûlées.

Des images terribles arrivent sur les chaines nationales. Les morts s’accumulent. Douleur et amertume. Quel désastre ces vies humaines perdues…

Les gens flippent, d'autres moins. Ceux qui ont des enfants. Ceux qui ont peur de tout perdre.

Le pays devrait s'apaiser, reste à gérer les effets de bord du chaos ambiant...

Les gens ont faim. Les pénuries arrivent….


Nous n'avons pas du tout peur pour nos vies. En aucun cas. Il peut juste y avoir des dégâts matériels. Et ce n'est rien. Mais c'est terrible l'état du pays. Les morts. Le marasme politique.  Les ravages de la colère instrumentalisée par ces abrutis qui ne maîtrisent rien...

Solidarité et affection règnent pour nous et donnent un rempart puissant à la fatigue psychologique et physique de tous. L’incertitude ronge.

 


Selon Nat', les violences sont derrière. Pas les crises économique et politique qui vont porter des coups terribles à la population. Dans ce contexte, reprendre une activité professionnelle est un acte citoyen important.

 

Il est compliqué d'écrire maintenant sur les derniers jours car les jours qui vont arriver vont permettre de mettre un point psychologique à la situation. De ne pas savoir l'issue de cet environnement incertain est délicat.

Le couvre feu est instauré. L’ambassade est en toile de fond. Elle a bien tardé mais nous a fourni des numéros de cellule de crise et donne ses instructions (peu constructives) quotidiennement.

Pas de rapatriement envisagé. Si tout se calme, rien à craindre, encore une fois, les solutions politiques et économiques ne sont pas réjouissantes mais la violence sera bientôt terminée.

 

 L'ampleur de la crise qui se profile est difficile à supporter pour ce peuple qui s'en sortait à peine.

Je n'ai pas envie de rentrer. Je n'ai pas de ressentis de choses que je veux fuir. Je veux continuer ce que j'ai commencé. Mais évidemment si cela continue, je serai de retour parmi vous bientôt. Pour le moment, nous essayons de reprendre le travail doucement et surtout de faire attention à nos vies et à celles des gens autour....

L'important est de ne pas céder à une panique ou à un jus de peur qui n’apporte jamais un bon discernement.

J'ai beaucoup appris et le plus gros reste à venir...

 

Les jours qui arrivent donneront le ton… et les réponses. Je n'ai aucune envie de partir de Madagascar.

A retenir : nous sommes en sécurité Anaike et moi.


 

 

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Et bien Marie...
Merci pour toutes ces infos, ça fait plaisir d'avoir un son de cloche objectif et réel sur ce qui se passe là-bas...
Je pense bien à toi, encore plus ces jours-ci of course !
Après Laure, j'espère que ce n'est pas une autre cousine qui va être obligée de revenir prématurément.
Tout au moins tant que votre sécurité est assurée !
Courage pour les jours à venir, la reprise du travail, et ce "retour à la normale" qui doit être tellement difficile à organiser...
Plein de bisous Marie !

F.Bonnardel a dit…

je te fais entièrement confiance en ce qui concerne les décisions à prendre.
Bravo pour ton sang-froid.
Nous sommes, ton père et moi, encore plus que d'habitude de tout cœur avec toi.
Courage ma fille adorée.
Maman

Anonyme a dit…

Marie, je savais pas ce qui se passait. Je suis contente de voir que vous êtes en sécurité! Garde le moral ma belle, prend soin de toi, je suis avec toi, dans ton petit coeur.
Fais attention cependant, continue à te maintenir informée... et si tu peux à nous maintenir informés aussi.
Pardon pour Skype je me rappelle plus du pswd. Si y a besoin mail, tel je suis là.

Je t'aime fort.

Julia.