Ici Mada, je vous raconte un peu?

mardi 2 juin 2009

Récit de quelques jours à travers Mada... Tana - Diego - Tana

Road trip vers le nord ou la réalité malgache…

Devant la pression très flatteuse de certains, je me décide à écrire.

Habituellement, je debrieffe à chaud, mais cette fois, je suis rentrée depuis 1 semaine et demi…

Nous sommes partis samedi 16 mai aux aurores.  Enfin, on a pris du retard et sommes tombés dans les embouteillages de notre chère Tana. Il nous reste 1200km à faire en ce week end et nous sommes bloqués à 1km de la maison… mais en vacances.

Complétement mort de la semaine de travail et de l’heure démente de notre lever, mais heureux…

Nous prenons enfin les routes inconnues pour nous deux, nous arrivons vite dans les paysages des hauts plateaux, verts, montagneux et tellement beaux. La route est immédiatement gratifiante.

Route de crête aux deux bords ravinés, des sommets et des rivières serpentes ces vues. Rares sont les villages bordant LA route.

Il faut savoir que à Mada, il y a 1 seule route pour chaque destination. Pas de possibilité de se tromper ou alors on se rend compte qu’on est sur piste pas crédible très vite. Nous sommes sur la RN4 celle qui va jusqu’à Mahajunga.

LA RN6 bifurque vers le bord et se termine à Diego.

Nous sommes quasiment seuls sur la route, c’est parfait. Même pour de la vitesse. La route est bonne, le problème est qu’elle met en confiance car bien entretenue à certain endroit et débouche sur un cratère. Il y en a plusieurs dont la voiture se souvient.

Les paysages défilent et changent. La végétation se tropicalise et le sable apparaît. La terre est rouge. Partout. Un rouge dont seule l’Afrique a le secret.

Le premier soir, à la tombée de la nuit, nous sommes sur le point d’aborder le fameux et célébre tronçon de piste restant sur la route Tana – Diego. Epuisés par une journée sur la route sans arrêt, nous cédons et stoppons à Mampikony. Quand nous disons que nous nous sommes arrêtés là-bas, les gens sourient. En effet, rien n’est fait pour l’accueil de voyageur ou de touristes. Nous dormons dans un hotel plus que douteux. Mais un lit et un semblant de douche. Coucher rapido après un petit verre où Ced se fait le copain de Crocodile Dundee. Réveil à 5h30, le départ se fait dans l’heure qui suit. Pas envie de trainer en fait J .

Le deuxième jour, la route est tout autant gratifiante.

Magnifique ce pays. Sur la route , nous nous faisons arrêter régulièrement par la police, gendarmerie ou militaires en tout genre. Pas de problème, sauf à un moment… le code de la route malgache est comme la culture, de tradition orale. Donc le respecter des fois, tiens du miracle… et nous laisse surtout au bon vouloir de pauvres types dont les yeux s’éclairent à la vue de l’argent que représentent deux petits vahazas comme nous… un peu de tension supplémentaire malvenue mais pas très grave si cela est exceptionnel.

Les villages défilent sur la route, les gens semblent responsables et tiennent leurs enfants.

Les villes indiquées avec des points conséquents sur la carte, restent de toute petite bourgade sans aucun attrait. A part de rares commerces, les  gens vivant en dehors des grandes villes côtières et de Tana, ne connaissent rien à ce qu’est l’urbanisation.

Trouver de l’essence est un défi aussi. En fait la régle est simple, dès qu’une station pointe son nez, tu fais le plein. Tout est prévu pour, mais aucune marge d’erreur entre les deux. Et la plupart du temps, il n’y a pas de sans plomb 95, seul le 91 est dispo. On prend !

La nature est toujours aussi somptueuse, une déclinaison s’étale devant nos yeux et nous laisse sans voix. C’est comme un spectacle de très longue durée mais de qualité.

A part des petits moments de dodo, je n’ai pu que fixer cette beauté naturelle tout au long du trajet.

La piste dure 35km et n’est pas pire que celle qui mène chez nous, alors…

La route m’a permis de faire une pointe à 120-130km ! mais il est vrai que des portions entière sont truffées de trous…

Nous arrivons de nuit, (il est très déconseillé de rouler de nuit) et sans essence ou presque à Diego, soulagés après deux gros jours de route. Crevés mais fiers. 

En effet, personne de notre entourage n’a fait ce périple. Bon, il est vrai que la route a 1 an, avant, il fallait plus d’une semaine pour faire ce trajet.

Road trip qui vaut la peine et qui donne du mérite à la destination.

Entevue rapide de Diego le premier soir, mais surtout un lit !

Premier jour à Diego. Réveil doux, le petit hotel où nous dormons à la pièce haute qui donne sur la mer. Ca y est on la voit ! Petit déj tout doux en la regardant.

Sur les conseils de Dom, nous changeons d’hotel et partons à la découverte de Diego.Cette ville nous a paru riche la veille, en effet en arrivant nous tombons sur l’avenue centrale digne d’une rue occidentale. Hallucinant. Mais de jour cela se révèle être la seule avenue qui a ces caractéristiques. La ville est petite et simple. Les rues sont claires et aérées. C’est la troisième ville du pays. Et pourtant, elle ressemble à une petite ville…

Nous nous balladons et faisons le tour. L’atmosphère est agréable mais à force de chercher une évidence s’impose à nous. Contexte, Diego est une sorte d’avancée sur la mer au milieu d’une immense baie. Aucun aménagement n’est fait dans la ville qui est tourné vers la mer. D’un côté toutes les structures militaires et leur port. Et de l’autre abattoir et déchetterie sauvage. Il y a plus romantique comme contexte ;-)  Impossible de la voir simplement.

Nous partons donc dans l’aprem pour Ramena. La plage. 30-40min de « route » et de piste à couper le souffle avec le fameux pain de sucre célébre. Nous arrivons à une rangée d’hotels éparpillés pour tout budget. Peu donne directement sur la mer. En bout, un route amène à la mer. Splendide. Bain dans l’océan chaud. Ce jour sera en fait le seul où le vent ne soufflera pas comme un fou. Moment délicieux après tant de route parcourue… Des malgaches arrivent et ouvrent les portes de leur voiture. De la musique résonne, je discute dans l’eau avec une des dames… atmosphère chaleureux dans bout de Terre paradisiaque.

La soirée se termine dans un petit resto…ça y est , c’est vraiment les vacances tant attendues…

Le deuxième jour a Diego est un peu un dilemme. J’ai hésité à l’évoquer comme je le fais mais j’assume ce que j’ai ressenti et surtout c’est une impression subjective d’un voyage donné en particulier tout voyage peut être différent…

Nous nous réveilllons contents.  Dans la fameuse rue luxueuse de Diego trône le « Grand Hotel » super classe. Nous y prenons notre petit déjeuner en terrasse… Il fait 28 degrés, il est 9h30 du matin.

Notre challenge de la journée est de nous diriger vers le cap d’Ambre, extrême pointe de Madagascar. Je vais être honnête, nous envisagions un aller retour et une ballade dans la journée. (100km de piste).

Nous partons donc sur la route. Nous sortons de Diego et empruntons la piste. Premier contrôle, plus tatillon que d’habitude. Tension, au rendez-vous mais cela ne dure que 10 min et rien de plus.

Nous passons devant des tailleurs de pierre. Vision cinématographique de l’extrême pauvreté… une décharge immense suit… puis la nature reprend son droit. Au bout de quelques minutes, je m’aperçois avoir oublier quelque chose d’utile. Il est à peine 11h, le chemin jusqu’à l’hotel n’est que de 15-20 min. On peut faire l’aller retour sans souci…

Sur le retour, nous nous faisons arrêter. Police. Là le tatillon se transforme en pression psychologique. Cet homme qui parait avoir peu de recours intellectuel cherche à nous déstabiliser et à nous faire peur. Cela ne marche pas, mais l’énervement prend le pas. 30min. Pour arriver à un bakchich. Nous aurions payé pour la tranquillité avec plaisir même pour des gros cons. Sauf que cela doit forcément passer par des menaces et de la tension croissante qui donne envie de tout casser.

C’est dans les régle du jeu ici. Cela doit ruisseler sur nous. Oui, mais là on y arrive plus. Je fais un scandale à l’hotel en arrivant pour me libérer. « Tenez vos flics, les gens viendront! ». Des gens nous parlent, un français charmant… des gens me conseillent d’aller les dénoncer, mais pour tomber sur pire et perdre une journée de vacances ? non! Oui cela est « normal » et surtout, c’est le risque pris quand nous avons voulu partir tous les deux, sans personne du pays pour nous accompagner. Il est vrai que la crise et la pression policière de ces derniers mois n’aide pas dans l’acceptation de certaines abbérations de ce pays. Ce n’est pas la seule et dans ces moments, elles ressortent toutes. A tord peut être, mais le malaise induit est insupportable. Démesuré car fatigué. Dégouté car désespéré.  Des réflexions dans la rue nous font penser qu’un sentiment hostile est là en ce moment…

Nous recupérons et reprenons la route du Cap d’Ambre. C’est la fin de la pause déjeuner (14h30) pas de contrôle…

Re tailleur de pierre, re décharge et re nature. Nous arrivons dans un paysage aride. Un peu plus loin des salines. Superbes !!!!! Des montagnettes s’élévent.

La piste est une vraie piste. Les guide indique « piste mauvaise », oui en effet. Nous avançons. La petite voiture de Ced qui a tenu parfaitement lors de la route se comporte parfaitement en version 4 roues motrices également. Du vrai 4x4. Ced qui voulait la tester et se faire plaisir en a eu pour son argent. Super moment avec picnic au milieu de rien sous un baobab.

La piste continue. Au bout d’un moment nous comprenons que nous n’avons parcouru qu’à peine un tiers du chemin aller. Il faut faire attention à la nuit qui tombe. 18h nuit noire. Nous devons à regret faire demi-tour pour ne pas nous mettre en danger. On s’en est mis plein la vue, mais on a pas mais alors pas du tout atteint notre objectif. 

Sur le trajet retour, nous croisons des groupes d’enfants. Certains ont des gestes hostiles que je n’ai jamais vu auparavant. Ced parle de l’innocence infantile, c’est probable, mais c’est désagréable. Cela met une teinte amère à la dimension humaine de la journée.

De retour à l’hotel, nous prenons un peu de repos et une douche. ma douche est très agréable jusqu’à ce qu’un problème de chauffe eau enlève toute l’eau froide et que je m’ébouillante. Et c’est douloureux !  Bon c’est anecdotique mais la journée est vraiment une journée merdique. Je reste shampooinnée et savonnée sans possibilité de me rinçer.  Nous changeons de chambre, je me rince. Je reprends mon souffle. Nous ressortons pour rompre le mauvais karma de la journée. Soirée dans  un petit resto qui se termine par le casino. Nous en discutons. Il est vrai que la crise a mis tout le monde à terre. Le tourisme marchait très bien et tout s’est écroulé depuis janvier. TOUT est vide ou presque. La richesse ostentatoire devant l’extrême pauvreté provoque des réactions malheureuses mais compréhensibles. Il est vrai aussi que les vahazas ici sont souvent des échoués qui viennent finir leur fuite ici en s’y installant et en apportant des vices et des défauts dont aucune population ne voudrait.  Mais la soirée a fait que tout va bien mieux… vite au lit que cette journée se termine.

Troisième jour à Diego.  Nous choisissons de nous détendre J. Nous prenons le temps de nous lever, un petit déj en terrasse et nous partons pour la mer. Nous retournons à Ramena. Nous suivons les indications des guides en fonction de notre budget. Nous tombons sur la « Case en Falafy ». Village de petit bungalows.  Nous sommes dans l’annexe, neuve, avec piscine, comme nous sommes seuls, la piscine est privée. Le bungalow est charmant, il a vu sur la mer. Tout est calme. Tout y est parfait. C’est ce que nous voulions. Mer et resto… Soirée sous un ciel étoilé dont les coins sans luminosité ont le secret… un délice.

Quatrième jour à Diego. La case en Falafy a un staff charmant. Tout y fait pour y être au calme et en même temps dans un confort. Tout ça pour petit budget. Nous partons par les pistes avoisinantes qui ménent aux fameuses « troies baies ». Nous choisissons la baie des Sakalava. Piste sablée. Nous nous enlisons une fois.  5 min de questionnement mais sans trop stress. Juste ce qu’il faut pour le goût de l’aventure ;-)

Nous posons la voiture dans le seul hotel de la baie. Et partons faire une longue ballade sur cette plage fabuleuse et déserte. Les seules personnes sont les gars en KiteSurf sur la mer.

Paysage exceptionnel pour moment d’exception. Les deux derniers jours ont été à la hauteur de notre road trip et ont fait retomber toute les amertumes plus ou moins justifiées.

Soirée tout aussi belle dans cet endroit qui vaut le voyage.

Nous partons le lendemain aux aurores.

Il restait encore plein de choses à voir, Joffreville, la jonction canal du Mozambique-océan indien…. Mais 4 jours ça défile vite et surtout, il faudra revenir…

Vendredi matin, lever matinal. Petit déj, piscine, douche. 8h00 nous sommes sur la route. Petit arrêt à Diego et c’est reparti. La route faite de nuit à l’aller, de jour cette fois. Toujours aussi belle Madagascar. Les villes de la route ne sont toujours pas faites pour accueillir les voyageurs. Donc on ne s’arrête jamais. Pas trop de contrôle, ça le fait.

Nous arrivons à la nuit à Port Bergé. Nous réussissons à trouver in extremis  un hotel. Un peu mieux qu’à l’aller. Un monsieur très gentil nous trouve une chambre, nous prépare à manger (on ne trouve rien sur la route, donc on est bien content). Accueil chaleureux, il nous explique que tout est complet dans le village car tout le beau monde clérical est descendu dans ce petit bled car un prêtre indien va être « nommé » évêque. Gros événement. Il nous dit que le lendemain, l’ambassadeur du Vatican sera là. Ah bah, c’est bien dommage, on va le louper.

Le regard halluciné des nones en nous voyant arriver… très marrant…

Le réveil est naturel. 5h. En 20 minutes nous sommes dans la voiture. Allez, on va se la faire cette route, go home.

Nous commençons par le tronçons de piste sur terre rouge et le soleil levant. Vision surréaliste. La vie s’éveille et le jour se levant… Rizière et Zébus

Il y a des images de tout cela dans le post précédent. 22-23h de route aller et pareil pour le retour.

Arrivée à Tana en milieu d’aprem. Nous sommes heureux d’arriver. Chez nous ! Je rentre chez moi, à Madagascar…

Je m’aperçois que je n’ai pas assez pris de photos par moment, c’est toujours comme ça, mais j’ai quand même quelques images!

Aucun problème de voiture :)

Ce qui ralenti sur une route à Mada :

- Les trous intempestifs (et surtout qui se cachent en haut des côtes et à la sortie des virages)

- Les flics et leur barrière de sécurité ainsi que l'indispensable sifflet

- Les ponts (340 environs entre Tana et Diego, dingue !)

- Les moments de piste

- Les poulets qui font toujours le mauvais choix de direction face à une voiture qui arrive

- Les oiseaux qui prennent leur temps pour s’envoler

- Les troupeaux de Zébus qui envahissent la route, tout le temps, mais surtout le matin et le soir quand tout le monde rentre

- Les Zébus fous, incontrôlables avec leur maître qui saute derrière

 

Tableau de chasse sur la route:

- Ced = 1 poulet

- Marie = 1 oiseau et 1 caméléon

 

Je choisis d’être honnête. Je ne cherche en aucun cas à descendre Mada qui ne le mérite pas et qui le fait très bien toute seule sur certain point…mais il y a des réalités qu’il faut prendre en compte et qui mérite d’être averti pour bien réagir… vérité vraie partout.

Quel superbe pays. Beau à couper le souffle.


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