Je réalise que raconter ce qui se passe ici résume, synthétise et fait du bien. Mais la relire en résumé la révèle plus simple que dans un vécu à temps complet.
La crise que je vis ici a une montée progressive en fait. Impossible de s'en rendre compte simplement au quotidien. Nous luttons pour ne pas glisser et pour être bien mais en réalité les situations sont de plus en plus sévères et pathétiques pour ce joli pays qui marche sur la tête.
Bon, depuis ce week end, l'armée n'assure plus le maintien de l'ordre. Plus la sécurité des citoyens. Donc l'anarchie du pillage et de l'affrontement a fait son apparition. Brute cette fois. Jusqu'à présent les débordements avaient causé de gros dégâts matériels et des pertes irreversibles humaines peu nombreuses (bien evidemment trop nombreuses). Désormais les chiffres grossisent sans aucune logique ni aucun garde fou.
Lundi, nous somme allés, après une grande reflexion, au travail.
Nassim, Nathalie, Cédric et moi faisons le voyage ensemble dans les deux sens quotidiennement depuis plusieurs semaines.
Nous partageons nos ressentis journaliers et nos fameux pressentiments. Nous n'avons plus que ça et quelques informations éparses pour prendre nos décisions. Bref, nous ne sommes pas aux frontières du surnaturel, mais il est vrai que les choses que l'on ressent sont parfois liées à la synthèse des évènements, de l'ambiance et de ce qui se prépare. Nous nous y fions. Un peu. Nous avons eu raison jusqu'à présent. Cela va concerner surtout nos déplacements. L'heure à laquelle nous partons, le chemin à emprunter, si nous devons aller manger en haut de la rue...
Il nous est arrivé plusieurs fois de passer sur le seul chemin sûr pour rentrer dans notre petite ville paisible en bordure de la capitale et d'y passer à quelques dizaines de minutes d'un barrage total.
C'est étrange et de plus en plus étouffant au fur et à mesure que la situation dégènére.
Mais il y a aussi la vie que nous choisissons de nous préserver. Avec les proches. Etre ensemble et rire. Analyser, s'attrister, s'empêcher de craquer.
Ma vie à la maison. Les discussions. Les gens toujours plus vrais.
Je n'ai jamais eu aucun doute sur la raison de ma présence ici. Même la semaine dernière, avec les affrontements en bas de notre lieu de travail, ne me fait pas douter. Juste me laisse cette envie de dire MERDE et de trouver un moyen, le plus égoïstement préservant, de tenir jusqu'à un potentiel rétablissement.
Voilà, j'en suis là.
Comme je le disais, hier, nous avons suivi notre instinct. Nous sommes arrivés à 10h au travail, le temps de venir et de décider de venir. Nathalie, Ced et moi en sommes partis à 11h30. Rien ne peut être prévu. Nous avons encore eu raison. Ce n'est pas la peur qui décide mais surtout l'envie de faire au mieux pour la vraie raison de notre présence. Le travail. Garder une activité pour garder un maintien psychologique mais surtout garder cette entreprise qui apporte tant aux employés et même au pays. Par son activité, son statut de rare exportateur et son dynamisme.
Notre secteur d'activité est passionnant. En tout cas, exercer mon métier avec mes collègues est une aventure passionnante. Les challenges, l'intelligence et la manière de travailler.
Notre solution: travailler de chez nous, comme nous le pourrons. Dans un climat qui laissera place à de la concentration. Nous avons partagé la connexion internet de nathalie.
Hier après-midi et aujoud'hui, nous avons fait du télétravail.
Cela fait un bien fou. Mais les choses ne vont pas bien. Nous allons bien.
Après une protection de l'ambassade de France (ce qui pourrait mettre en portafo les français), TGV vient de bénéficier d'un soutien de l'ONU... mais rien ne peut être prédit ni dans le déroulement, ni dans l'issue de ce qui nous attend à court terme.
Le président s'exprime et admet des erreurs en sa qualité d'Homme. L'armée émet un ultimatum de 72h pour le rétablissement...
Les pillages font rage et les morts se multiplient dans des affrontements primaires et stériles où même les arbitres ont capitulé.
Demain, je suppose prendre le même choix. Rester à la maison et travailler....
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire